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LES ENVOÛTÉS de Pascal Bonitzer
  Avec Sara Giraudeau, Nicolas Duvauchelle et ... Josiane Balasko
      Pour le « récit du mois », Coline, pigiste pour un magazine féminin, est envoyée au fin fond des Pyrénées interviewer Simon, un artiste un peu sauvage qui aurait vu lui apparaître le fantôme de sa mère à l’instant de la mort de celle-ci... Interview qu’elle est d’autant plus curieuse de faire que sa voisine la belle Azar prétend, elle, avoir vu le fantôme de son père ! Simon, au cours de la nuit de leur rencontre, tente de séduire Coline, qui lui résiste mais tombe amoureuse...     Pascal Bonitzer a eu l'idée de faire « Les Envoûtés » il y a longtemps. Il avait d'abord tenté d'adapter le roman de jeunesse de Witold Gombrowicz, intitulé en français « Les envoûtés » (dont il a ensuite repris le titre pour son film), qui est centré sur une histoire à demi sérieuse de maison hantée. Il se rappelle : « L’échec très personnel de cette adaptation m’avait laissé un goût amer, mais n’avait pas dû me dégoûter de faire une nouvelle tentative. J’avais envie depuis longtemps de me confronter au genre fantastique, ce qui en France (seul grand pays de cinéma sans cinéma fantastique populaire), je le savais, est périlleux. La nouvelle de Henry James, 'Comment tout arriva' ('The Way It Came') ou 'Les Amis des Amis' ('The Friends Of The Friends'), selon les deux titres sous lesquels elle a été publiée, m’a fortement ému, sans que je puisse dire exactement pourquoi. Dès que je l’ai lue j’ai pensé en tirer un film, tout en sachant que c’était très difficile. »   Le fantastique était déjà à la lisière de plusieurs films de Pascal Bonitzer. Avec « Les Envoûtés », ce genre cinématographique est cette fois au centre du long métrage. Le fantastique est avant tout porté par ce que les personnages se racontent, non par des effets de mise en scène. « C’était l’un de mes motifs pour mettre en scène cette histoire : mon aversion pour les effets spéciaux, surtout les effets spéciaux numériques qui sont le plus souvent laids, vulgaires, anti-poétiques, et qui, généralement, foutent en l’air la crédibilité. Ce qui m’intéressait c’était à l’inverse de faire jouer cette dimension du cinéma qui m’a toujours intéressé : l’espace off. Le film tout entier est aimanté par le hors-champ : on est du point de vue de Coline, on partage sa crédulité quant à la réalité de ce que Azar et Simon disent avoir vu, elle qui ne voit rien (sauf... mais je ne veux pas spoiler la fin). Le pari que j’ai tenté est d’entraîner le public dans cette 'Twilight Zone' où la croyance supplée le témoignage des sens, jusqu’au climax où plus rien n’est certain, où la réalité vacille. Si ça fonctionne, comme je le crois, c’est bien sûr parce que les comédiens, Sara Giraudeau et Nicolas Duvauchelle en premier lieu, se sont emparés avec une force incroyable de leur rôle et lui donnent une réalité intense. »   Dans Les Envoûtés, la musique est plus importante que dans les autres films de Pascal Bonitzer principalement parce que le long métrage joue sur de vrais moments de silence. « Ce n’est pas une comédie (même s’il y a des personnages et des moments un peu comiques) mais un film d’atmosphère, et la musique avait un rôle à jouer pour souligner, intensifier l’émotion », se rappelle le réalisateur. Ça ne s’est pas bien passé avec le compositeur que Pascal Bonitzer avait contacté en premier lieu. Le metteur en scène a alors fait appel à Bruno Coulais. Il confie : « Le film était peut-être trop différent, ou trop particulier. Alors que c’était un peu panique à bord, j’ai pensé à Bruno, dont j’aime le travail, notamment les compositions qu’il a faite sur plusieurs films de gens proches de moi : Raoul Peck, Anne Fontaine... On lui a montré le film, il l’a aimé. Il restait moins de quinze jours avant le mixage, qu’on ne pouvait pas reculer, mais comme il avait eu un coup de cœur, je lui ai fait confiance et j’ai découvert sa musique lors de l’enregistrement, à Sofia, avec le grand orchestre symphonique. Ça été un grand moment », se rappelle le réalisateur.   C’est Sara Giraudeau qui a été choisi pour interpréter le rôle de Coline. « C’est Saïd, mon producteur, qui a pensé d’emblée à Sara pour interpréter le rôle de Coline, après 'Petit Paysan'. Je l’avais vue bien sûr aussi dans 'Le Bureau des Légendes'. Elle a tout de suite flashé sur le personnage. » Il poursuit au sujet du casting : Pascal Bonitzer a voulu confier le rôle de Simon à Nicolas Duvauchelle en voyant l'acteur dans « Un beau soleil intérieur » de Claire Denis (où il n’a pourtant que quelques plans) : « En général quand j’écris, je ne pense pas d’emblée à un acteur. Je pensais tout de même à lui comme un des comédiens possibles car je l’aime beaucoup, je le trouve à la fois sexy et assez ténébreux, et il n’y a pas tant d’acteurs sexy dans le cinéma français, je trouve. On le confine à tort dans des rôles de voyou, il peut tout faire. » Pour le personnage d'Azar, le réalisateur devait trouver une actrice espagnole, avec une dimension solaire en opposition à l’introvertie Coline jouée par Sara Giraudeau). « La comédienne que j’avais choisie m’a fait défaut à cause du report du film. On a organisé un casting, avec Sara pour donner la réplique (j’ai écrit spécialement une scène pour cela), et Anabel Lopez s’est facilement imposée. Elle n’est en réalité pas espagnole, mais belge ! Avec certes des origines ibériques. Nicolas Maury, je l’avais vu dans 10 pour cent. Là encore, c’est Saïd Ben Saïd qui m’en a parlé le premier. Quand il a fallu réduire le scénario à cause des problèmes de financement que rencontrait le projet, j’ai dû couper vingt pages mais ce faisant, connaissant son abattage, je lui ai rajouté deux scènes ! Deux scènes importantes, qui n’existaient pas dans les premières versions. »       UNE VIE CACHÉE de Terrence Malick
  Avec August Diehl et Valerie Pachner
      Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l'histoire de ces héros méconnus.     • Prix Œcuménique + Prix François Chalais au Festival de Cannes 2019     « Une vie cachée » s’appuie sur de la vie de Franz Jägerstätter, fermier autrichien qui refusa de prêter allégeance à Hitler. En août 1943, il a été exécuté pour son courage héroïque dans un garage à la prison Brandenburg de Berlin. Le film s’inspire de sa correspondance avec sa femme Franziska – surnommée Fani – recueillie par Erna Putz et publiée en anglais par Orbis Books. Très peu connue en dehors de St Radegund, où est né Jägerstätter, cette histoire aurait pu rester secrète sans les recherches de Gordon Zahn, pacifiste américain, qui visita le village dans les années 1970. La citation à la fin du film est tirée de la dernière phrase de « Middlemarch » de George Eliot. « …car le bien croissant du monde dépend en partie d’actes non historiques ; et si les choses ne vont pas pour vous et moi aussi mal qu’elles auraient pu aller, nous en sommes redevables en partie à ceux qui ont vécu fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes délaissées » - George Eliot.   Les Jägerstätter vivaient à St Radegund, petit village de 500 habitants de Haute-Autriche, près de Salzbourg et de la frontière allemande, dans la province où Hitler est né et a vécu tout jeune – le fameux « nid d’aigle » où le Führer avait coutume de se reposer sous le IIIème Reich. La production a passé 24 jours dans le Sud-Tyrol, province la plus septentrionale d’Italie, puis s’est rendue en Autriche où elle a tourné pendant quelques jours à St Radegund même. Pour les scènes de prison, la production a passé les 14 derniers jours entre Zittau et Berlin. Le directeur artistique Steve Summersgill note que les lieux de tournage ont été soigneusement choisis en raison de leur cachet, de leur authenticité et de leur force visuelle.  Pour le tournage, la production a investi des églises et des cathédrales, d’authentiques fermes d’élevage, des vergers, des sites naturels en altitude, des champs et des sentiers de campagne. « La nature et l’environnement naturel faisaient partie intégrante de l’esprit du projet et les lieux où nous avons tourné nous ont offert un cadre qui a nourri notre imaginaire », précise Steve Summersgill.   Le chef-décorateur Sebastian Krawinkel a mené ses recherches sur Franz Jägerstätter et les lieux qui ont compté dans sa vie, consultant les lettres et les archives disponibles : « On a repéré certains sites avec un an d’avance pour les voir à la bonne saison. Pendant près d’une année, je discutais avec Terry chaque semaine pour connaître les décors dont il avait besoin et quelles couleurs, matières et textures lui plaisaient » indique Krawinkel. Certaines scènes ont été tournées dans les lieux mêmes où les événements du film se sont produits. Il s’agit notamment des intérieurs de la maison des Jägerstätter, devenue un lieu de pèlerinage au fil des années, et d’extérieurs filmés près de la rivière du Salzach, à proximité de St Radegund, et des bois jouxtant la maison. De même, la production a tourné dans la véritable chambre du couple, restée intacte depuis 75 ans. Les broderies de Fani ornent toujours les murs. Les trois filles Jägerstätter – Maria, Rosalia et Aloisa – vivent à St Radegund ou dans ses environs. Fani, quant à elle, est décédée en 2013 à l’âge de 100 ans. La production a tourné la scène du tribunal du IIIème Reich, situé dans le quartier de Schoenberg à Berlin, dans le sinistre bâtiment du Kammergerich. « C’était effrayant d’être dans le véritable tribunal où les nazis ont condamnés à mort tant d’innocents », relève Krawinkel. Lorsque, l’année suivante, on a demandé à Lueben (Bruno Ganz), principal magistrat dans l’affaire de Franz, de condamner trois prêtres de Stettin – comme il venait de condamner Franz –, il a décidé de mettre fin à ses jours.   August Diehl, qui campe Franz Jägerstätter, note : « Je me souviens que lorsque j’ai découvert le scénario, j’ai posé pas mal de questions à Terrence. Terrence, de son côté, était curieux de me connaître et souhaitait savoir avec qui il s’apprêtait à travailler. Je me souviens qu’on a beaucoup parlé de notre regard sur le monde et sur la vie. J’ai grandi dans une ferme, en France, où on avait à peine l’électricité. Tout cela l’intriguait et il voulait connaître mon mode de vie et mon parcours ». August Diehl connaissait l’oeuvre de Malick, mais n’imaginait pas un instant qu’il travaillerait avec lui un jour – et encore moins qu’il serait l’interprète principal de l’un de ses films. « C’est une expérience hors du commun. Je n’ai jamais vécu un tournage pareil. On a le sentiment qu’il est constamment en train de filmer », dit-il en faisant allusion aux longs plans-séquences sans pause dont le cinéaste est coutumier. « À mesure qu’avançait le tournage, j’avais de moins en moins l’impression de jouer, comme si la caméra captait des moments de vie. Parfois, l’équipe me filmait en train de dormir ou d’être assis dans l’herbe. Tout, en permanence, faisait partie du film. »   Valerie Pachner, qui incarne Fani, s’est d’abord entretenue avec le réalisateur au téléphone. « On a tout de suite évoqué notre rapport au monde et à la vie et, à ce moment-là, je me suis dit que j’avais envie d’explorer son univers et de travailler avec lui ». Elle n’avait jamais connu de réalisateur fonctionnant comme Malick dans sa direction d’acteur. « Il nous encourageait vraiment à participer à la création du film. Il nous demandait sans cesse si nous n’avions pas d’autres idées. J’ai l’impression qu’on ‘fabriquait’ le film tous ensemble. Et c’est grâce à la confiance qu’il nous accorde. Il fait vraiment confiance à ses collaborateurs. C’est un bonheur de travailler de cette façon. »       ** BONUS **
    LA VIE INVISIBLE D'EURÍDICE GUSMÃO de Karim Aïnouz
  Avec Carol Duarte, Julia Stockler, Gregório Duvivier et Antonio Fonseca
    Le film fait l’objet de l’avertissement suivant : « Certaines scènes peuvent être de nature à heurter la sensibilité des spectateurs »     Rio de Janeiro, 1950. Euridice, 18 ans, et Guida, 20 ans, sont deux soeurs inséparables. Elles vivent chez leurs parents et rêvent, l’une d’une carrière de pianiste, l’autre du grand amour. A cause de leur père, les deux soeurs vont devoir construire leurs vies l’une sans l’autre. Séparées, elles prendront en main leur destin, sans jamais renoncer à se retrouver.     • Prix un Certain Regard au Festival de Cannes 2019     Le réalisateur revient sur la genèse du projet : « Cela a commencé par une expérience très personnelle. J'ai perdu ma mère en 2015. Elle avait 85 ans. C'était une mère célibataire et ça n’avait pas été facile pour elle. Je sentais que son histoire et celle de nombreuses femmes de sa génération n'avaient pas été assez racontées - elles étaient en quelque sorte invisibles. C'est à cette époque que mon producteur, Rodrigo Teixeira, m'a fait lire le scénario de 'La vie invisible de Eurídice Gusmão'. Je m’en suis tout de suite senti très proche. Les personnages du livre me rappelaient ma mère et sa sœur, ainsi que beaucoup de femmes de ma famille. C’était aussi un retour à mon premier film, qui est le portrait de ma grand-mère et de ses quatre sœurs. C'était une histoire qui célébrait ces femmes, documentant leur joie, leur douleur, et la solidarité qui les unissait. J'ai senti qu'il était temps de reparler d’elles, non plus sous la forme d’un documentaire, mais d’un mélodrame. J'ai toujours voulu faire un mélodrame, mais je voulais qu’il soit pertinent et actuel. Comment le rendre contemporain ? Je voulais créer un film qui soit émouvant et ample comme un opéra, avec des couleurs fluorescentes et saturées, qui soit excessif et plus grand que la vie. Partir du genre et en faire un film très personnel. Je voulais réaliser un mélodrame tropical. »   Le cinéaste parle du casting : « J'ai travaillé avec un groupe d’acteurs merveilleux, tous de générations différentes, de styles de jeu différents, et le défi était d’arriver à trouver une vibration qui soit commune à tous. J’ai mis du temps pour les trouver, mais une fois choisis, nous avons répété comme une troupe. Nous avons passé du temps au début, sur ce qui se déroulait avant ou après les scènes. Ensuite, nous improvisions les scènes. Je prenais des notes et j’ajustais les dialogues. Ce fut une expérience très intense, durant la préparation comme sur le plateau. Il faut être aux aguets, pour capter les accidents, les hasards, les erreurs. Rester attentif à ce que les acteurs font ou proposent, être précis et bien choisir ce qui sonne juste pour une scène. Mes deux héroïnes, Julia Stockler et Carol Duarte étaient jeunes, pleines d’énergie et prêtes à prendre des risques, à tenter différentes possibilités, à jouer la même scène de différentes manières. Elles étaient très généreuses. Je commence toujours par ce dont je ne suis pas sûr, puis j’expérimente, afin d’arriver au bon ton du film, je cherche sans cesse, car il ne s’agit pas de savoir mais de découvrir. J'ai également eu le privilège de travailler avec Fernanda Monténégro, sans doute l’actrice brésilienne la plus douée de tous les temps. Ce n'était pas seulement un rêve devenu réalité, mais aussi une expérience inoubliable. Et un défi. Fernanda a 90 ans, mais elle a plus d’énergie qu’une fille de 18 ans. J’ai adoré travailler avec elle. Elle n’a peur de rien et elle est toujours prête à tenter d’autres choses. »   Le réalisateur revient sur l’état de l’industrie cinématographique au Brésil : « Depuis environ quinze ans, soit depuis le premier mandat de Lula (le meilleur président qu’on ait jamais eu !) l'industrie cinématographique brésilienne a subi de profonds changements. Elle s'est développée comme jamais auparavant. Et j'ai eu la chance de faire partie de cette renaissance. Mais ce temps semble soudain s’interrompre. Nous traversons un moment très critique pour ne pas dire tragique de l’histoire de l’industrie cinématographique brésilienne. Par une étrange coïncidence, le jour où notre film et celui de Kleber Mendonça ont été invités à Cannes en sélection officielle, toutes les activités de l’Agence nationale du cinéma (ANCINE) ont été brutalement interrompues. Pour la première fois également, depuis vingt ans, deux films brésiliens étaient invités à participer à un festival de première catégorie, sans qu’aucun média officiel n’en fasse mention. C’était comme si cela n’était pas arrivé. C'est un coup fatal qui est porté à l'industrie du cinéma. Nous continuons à espérer et à nous battre pour inverser la situation, mais le risque d’un démantèlement rapide du secteur est réel. Rien de surprenant, venant de la part d’un gouvernement récemment élu qui traite la culture et son aide publique de la pire des manières. Le fait d’avoir à Cannes cette année trois films représentant le Brésil, dont l'un est le premier de la brillante réalisatrice Alice Furtado, est la preuve du succès des politiques publiques culturelles des gouvernements précédents, qui ont activement soutenu le cinéma. Si cela devait changer, ce serait une grande perte. Il faudra que le monde y soit attentif. »