JUDY de Rupert GooldAvec Renée Zellweger, Jessie Buckley et Finn Wittrock

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    Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de l’avant ?   Meilleure actrice pour Renée Zellweger aux Bafta Awards, aux Golden Globes et aux Oscars.   « Judy » est un biopic sur Judy Garland qui s'intéresse tout particulièrement à l'année 1968 et la série de concerts donnés par l'actrice et chanteuse, 30 ans après avoir triomphé dans Le Magicien d'Oz (et un an avant son décès...). Dans une très mauvaise passe tant personnelle que professionnelle, elle a décidé de quitter les Etats-Unis pour Londres afin de subvenir aux besoins de ses enfants. Sur place, Judy Garland accepte, pour une somme d’argent conséquente, de se produire pendant cinq semaines au Talk of the Town, un cabaret très à la mode tenu par le célèbre impresario Bernard Delfont.   Pour s’attacher à une période aussi précise de la vie de Judy Garland, le cinéaste Rupert Goold et le scénariste Tom Edge ont dû réunir une documentation introuvable dans les nombreuses biographies de la star. Ils ont heureusement pu s’entretenir avec un témoin clé de ces événements, Rosalyn Wilder (jouée par Jessie Buckley dans le film), qui a été l’assistante de Judy pendant son séjour londonien. Tom Edge se rappelle : « Rosalyn nous a tout appris sur ces événements. Le projet dans son ensemble a vraiment bougé sur ses bases grâce à elle. C’est une femme formidable : drôle, implacable et qui fourmille d’anecdotes sur les dîners mondains du Londres des années 1960 et qui connaissait personnellement Judy Garland. »   Fan de Judy Garland depuis très longtemps, Renée Zellweger a aussitôt accepté de l’incarner à l’écran. C’était une opportunité – et un défi – qu’elle ne pouvait pas laisser passer. Pour le producteur David Livingstone, la comédienne s’imposait dans le rôle. « Personne d’autre n’avait cette capacité à chanter, jouer et être drôle comme elle », affirme Livingstone. Renée Zellweger avait ses propres motivations : « En tant qu’artiste, il n’y a rien de plus enthousiasmant que de s’extraire de son cadre habituel. Je voulais aussi qu’on évoque les moments plus intimes qui sont souvent oubliés quand on raconte le parcours d’un personnage qu’on croit connaître », dit-elle.  Une fois que l’actrice a donné son accord, il s’agissait de faire en sorte qu’elle adopte le style de Judy Garland. Le producteur rapporte : « Quand Renée a accepté le rôle, elle tenait à ce que son jeu soit sincère, intègre et authentique afin d’éviter la caricature ». Un an avant les répétitions, l’actrice a commencé à s’entraîner avec un coach vocal aux États-Unis, avant de répéter pendant quatre mois avec Matt Dunkley, le directeur musical du film. Même si elle avait déjà chanté dans un film comme « Chicago », s’entraîner pour incarner Judy Garland représentait un immense saut dans l’inconnu pour la comédienne. Et pour y parvenir, il s’agissait de s’immerger totalement dans l’univers de la star. « Au cours de cette année d’entraînement, j’ai vécu pas mal de moments au volant où Judy était assise à côté de moi, sur le siège passager. J’ai écouté sa musique et ses interviews, je me suis documentée sur ce qu’elle a vécu, etc. » témoigne Renée Zellweger. « On aurait pu faire appel à une imitatrice mais je ne voulais qu’on soit obnubilé par la voix », ajoute Rupert Goold. « Renée est une très bonne chanteuse et une excellente musicienne, mais Judy était une pro qui montait sur scène tous les soirs depuis toujours, si bien que c’était un immense pas à franchir. Je ne cessais de répéter à Renée : ‘Je ne veux pas d’une imitation – il faut que ce soit toi qui chantes et je veux voir Renée Zellweger à l’oeuvre’. C’est aussi sa peur de ne pas être à la hauteur qui rend sa prestation aussi magnifique ».   « On n’a surtout pas cherché à imiter Judy Garland car elle a une voix inimitable », souligne le coach voacl Dunkley. « Renée a, par nature, une voix plus aiguë – ce qu’on appelle une ‘voix de tête’ – alors que Judy, à ce moment-là de sa vie, avait une voix beaucoup plus grave, qui partait de la poitrine, et du coup on a travaillé dans cette direction avec Renée. Elle a fait un boulot remarquable ». David Livingstone a été d’autant plus impressionné que l’actrice a su chanter sur scène sans l’appui d’un orchestre pendant le tournage. « Elle chante en écoutant un orchestre dont la musique lui parvient à travers son oreillette. C’est très audacieux et courageux de sa part. Elle ne se contente pas de chanter. Elle se produit sur scène et se met totalement à nu sans que sa voix soit noyée par un orchestre » dit-il.   Mais pour cerner un personnage aussi singulier, il ne fallait pas seulement savoir chanter – il s’agissait aussi de maîtriser son accent caractéristique, sa tonalité et sa gestuelle quand elle est sur scène. Dunkley avait confiance en Renée Zellweger : « C’est une actrice qui sait chanter plutôt qu’une chanteuse qui sait jouer. Elle s’est entraînée avec une coach vocale pour s’approprier la tonalité de la voix de Judy et sa prononciation, et elle a travaillé avec un chorégraphe pour acquérir sa gestuelle. Judy avait des mouvements très nerveux et Renée les reproduit à merveille » déclare-t-il.   Le réalisateur s’est montré tout aussi impressionné par la métamorphose physique de l’actrice : « Ce qui m’a particulièrement plu dans son jeu, c’est sa posture. Elle souffrait d’une malformation de la colonne vertébrale si bien qu’elle paraissait beaucoup plus âgée et fragile qu’elle ne l’était vraiment, surtout vers la fin de sa vie. Dès le premier jour de tournage, en voyant Renée, je me suis dit : ‘voilà une véritable actrice, qui sait jouer un rôle, et qui ne se contente pas d’enfiler un costume’ ».   Pour Rosalyn Wilder, qui se souvenait de Judy telle qu’elle était à l’époque, la transformation physique s’est révélée sidérante : « Renée Zellweger a cette faculté rare de se glisser dans la peau de n’importe qui. Quand j’ai vu à quel point le maquillage et la robe la transformaient, j’ai été totalement hallucinée. Je n’avais jamais assisté à une telle métamorphose de ma vie. C’était tout simplement incroyable » dit-elle.   Conscients que les points de vue sur Judy Garland sont très contradictoires, les auteurs espèrent que le film jettera un éclairage différent sur une figure extraordinairement talentueuse, mais souvent incomprise et mal perçue. « Qu’est-ce qui touche autant les gens chez elle ? », s’interroge Rupert Goold. « Je crois que tout au long de sa carrière, elle a su livrer ses émotions et se montrer sans filtre. Elle n’avait pas de masque. Elle était elle-même ». Pour la comédienne Jessie Buckley, le film cherche à rendre hommage à l’héritage musical de Judy Garland : « Elle s’est donnée à fond pour que, lorsqu’elle se produisait sur scène, ses prestations soient empreintes d’humanité. Quand elle chante, elle tient à émouvoir le public et à lui donner de l’espoir. C’est pour cela que les gens venaient la voir : trouver de l’espoir dans la vie. Quand quelqu’un réussit à faire ça avec autant d’humanité que Judy, cela tient du miracle ». 2019 marque le cinquantième anniversaire de la disparition de Judy Garland et le quatre-vingtième anniversaire de la sortie du « Magicien d’Oz », film qui a fait d’elle une star du jour au lendemain. Mais l’histoire de sa vie reste d’actualité – et plus encore à l’époque de #metoo où Judy incarne un symbole d’insoumission. Le scénariste Tom Edge espère que le film permettra au public de découvrir une facette de Judy Garland qu’il ignorait. « On ne peut pas prétendre que le portrait qu’on a fait d’elle est définitif. En revanche, on peut donner un éclairage de sa personnalité et tenter de trouver une histoire qui illustre ce qu’on souhaite livrer au spectateur. Dans le film, on a sincèrement cherché à cerner sa véritable identité, sa chaleur, sa générosité et son esprit. J’espère qu’on a été à la hauteur » souligne- t-il.     MES JOURS DE GLOIRE de Antoine de BaryAvec Vincent Lacoste, Emmanuelle Devos et Noée Abita  Adrien est un Peter Pan des temps modernes. Il a beau approcher la trentaine, il vit encore comme un enfant. Petit, il a connu le succès en tant qu’acteur mais c’était il y a plus de dix ans et aujourd’hui Adrien n’a plus un sou. Il retourne ainsi vivre chez ses parents et tente de redonner un coup de fouet à sa vie. Entre la possibilité d’une histoire d’amour et celle d’un retour qu’il s’imagine triomphant en tant qu’acteur, le chemin d’Adrien sera semé d’embûches.   « Mes Jours de gloire » est le prolongement naturel de « L’Enfance d’un chef », le précédent court-métrage d'Antoine de Bary, dont le réalisateur reprend le thème de l’adulescence. « Les deux films s’inspirent de la même matière. J’ai toujours eu une belle bande de copains, ça regorgeait d’anecdotes, j’ai toujours eu envie de raconter ça. L’arnaque aux pompiers en ouverture, c’est arrivé à un ami... J’ai l’impression que les premiers films condensent souvent des choses qu’on a vécu ou vu et qu’on essaye de sublimer dans un récit cohérent, pour qu’on se sente capable de raconter une histoire et s’autoriser ensuite de plus en plus de fiction. J’ai fait d’Adrien un ex-enfant star parce que moi-même, j’ai été un enfant ultra couvé, aimé, protégé. Quand on grandit en étant le centre du monde, on a envie de s’échapper de ça pour apprendre et comprendre. Adrien est inspiré de ce genre d’ado-enfant, et ça rejoint mes problématiques : qu’est-ce que grandir, devenir un homme ? Que faut-il faire ; quoi, comment, où, pour devenir adulte ? »   Concernant le casting, Vincent Lacoste était une évidence pour le réalisateur : « C’était pour moi inconcevable que ce soit quelqu’un d’autre. Pour une raison romantique, parce qu’il est l’un de mes meilleurs amis. Faire ce film avec lui, Elias (coscénariste et producteur), Mourad (producteur), c’était une sensation magnifique, je les aime, c’est comme ma famille. Vincent est un des rares acteurs qui peut passer facilement de la comédie au drame. Il n’en fait jamais des caisses, il est d’un naturel confondant. Il est impressionnant de précision, notamment dans les détails. Par un geste, un regard, il emporte la scène. »

Le comédien explique comment s’est passé la collaboration avec le cinéaste : « Antoine a un tempérament très collaboratif. Quand on se connait très bien, ça peut être un atout ou un piège dans le travail. En l’occurrence, ça nous a beaucoup aidés parce qu’on se comprend très vite. Il m’a fait lire plusieurs versions du scénario ce qui fait que je connaissais parfaitement l’histoire et le personnage. Il y avait beaucoup d’amis à lui dans l’équipe, ce qui a créé une osmose : même si le film était très écrit, on inventait des trucs tous les jours. Cette complicité a rendu Antoine très à l’aise sur le plateau même si c’était son premier long. Avec moi, il savait qu’il pouvait inventer, proposer ce qu’il voulait, et que je suivrais. Il fait des prises longues, laisse un peu improviser, recoupe dedans, ce qui est très agréable pour un acteur - même un acteur qui ne serait pas son ami ! »   Concernant Emmanuelle Devos, le rêve est devenu réalité pour le cinéaste : « On lui a proposé le rôle en se disant qu’elle nous enverrait balader poliment. Je n’avais travaillé qu’avec des potes, c’était la première fois que je me trouvais confronté à une actrice que je n’avais vu que dans les films et que j’admirais. Elle a dit oui direct. C’est fascinant de nouer une relation familière avec quelqu’un qu’on a admiré de loin, par écran interposé. En plus, son personnage est inspiré de ma mère. »   Au-delà de la mère d’Adrien (Emmanuelle Devos) qui est psy, comme la propre mère du metteur en scène Antoine de Bary, le film est très freudien puisqu’il raconte un blocage, puis un déblocage par la vertu de la parole. « Je me sens plus crédible sur le terrain psy que sur le terrain politique. Ce que j’adore chez les psys, dont ma mère, c’est qu’ils sont souvent les personnes les plus mélancoliques. Ils ont une sensibilité aigüe par rapport au malheur et fondent leur métier là-dessus pour accompagner les autres. Pour moi, c’est aussi une façon de régler certaines choses. Le film, c’est une sublimation romanesque de ces trois années où j’ai eu peur de rester un témoin de la vie des autres plutôt qu’un acteur de ma propre vie. La psychanalyse a joué un rôle central, elle m’a permis de passer à l’action. »   La trouvaille du film, c’est le problème d’érection d’Adrien : à la fois un ressort de comédie et une métaphore de tous ses empêchements affectifs, professionnels, existentiels. « Adrien doit jouer De Gaulle et ne parvient pas à avoir la gaule ! Vincent est né au cinéma avec « Les Beaux gosses », avec ces scènes mythiques de branlette. On s’est dit qu’on allait reprendre l’élément de comédie triviale qu’est la masturbation pour le rendre dramatique. Ce problème d’érection, c’est comme s’il était un vieillard dans le corps d’un mec de 27 ans. Cela matérialise aussi la question ‘qu’est-ce que c’est que d’être un homme ?’. Pendant longtemps, l’image de l’homme a été liée à une idée de puissance, de force, de virilité… Je me suis toujours senti éloigné de cette image. J’étais grassouillet, j’avais les cheveux longs, c’était impossible de rouler les mécaniques pour draguer, les filles ne me regardaient pas... Bref, toute cette expérience me permet aujourd’hui de déconstruire la virilité. Ce besoin qu’ont les mâles alpha de prouver leur autorité, je le trouve ridicule, désuet, malaisant » explique Antoine de Bary.     **BONUS**  
LARA JENKINS
de Jan-Ole GersterAvec Corinna Harfouch, Tom Schilling et André Jung   Comme tous les autres matins, Lara débute sa journée par une cigarette et une tasse de thé. Aujourd'hui est un jour important : elle a 60 ans et c'est le premier concert de piano donné par son fils Viktor. Elle le soutient depuis ses débuts et se considère comme déterminante dans son succès. Mais Viktor est injoignable depuis des semaines et Lara semble ne pas être conviée à l'événement, contrairement à son ex mari et sa nouvelle compagne. La journée va alors prendre un tour inattendu.   Prix spécial du Jury+ Prix de la meilleure actrice pour Corinna Harfouch + Prix œcuménique au Karlovy Vary Meilleur réalisateur + Prix Fipresci au Festival de Munich   Le scénario de Lara Jenkins a été écrit par Blaz Kutin plus de dix ans avant que le film ne voie le jour. « Il a fait partie du Torino Film Lab, la bourse au développement du Festival de Turin – c’est là que j’ai rencontré son auteur, Blaž Kutin, qui est devenu un ami. Il a aussi remporté un prix d’un Fonds culturel de l’Union Européenne ; et au Festival Premiers Plans d’Angers, il avait attiré l’attention de Jeanne Moreau, qui l’avait beaucoup aimé. À force d’entendre tout ça, j’ai demandé à le lire, et l’histoire et le personnage m’ont plu au point que j’ai décidé d’en faire mon deuxième long-métrage. À l’époque, l’histoire se passait à Ljubljana, puisque Blaž Kutin est slovène. Mais ses qualités me paraissaient universelles, elle aurait pu se passer n’importe où. Je l’ai légèrement adaptée pour la société allemande, avec Berlin comme décor. Mais l’ADN du script est toujours là. Les quelques changements ont plutôt eu lieu, comme souvent, au montage. »   Comme son premier long métrage « Oh boy », « Lara Jenkins » se déroule en une journée. « C’est vrai que j’aime cette façon de raconter une vie en une seule journée. Comment une grande histoire s’écrit à travers de petits faits – et c’est le cas du destin de Lara. La vérité d’une vie se révèle en passant. J’appréciais la douceur et la subtilité de ce scénario, le fait qu’il n’impose aucune interprétation, qu’il reste très ambigu sur les personnages et les situations – c’est ce qui en fait un bon scénario. Un regard sans pathos sur la comédie humaine, ainsi qu’un humour assez subtil. Blaž et moi partageons une même approche du cinéma. »   Le réalisateur a choisi Corinna Harfouch pour incarner Lara Jenkins. Il s’explique : « Corinna n’est pas qu’une grande actrice de cinéma. En Allemagne, elle est également célébrée pour son travail sur scène avec le Deutsches Theater. Elle a joué plusieurs textes de Bergman. D’ailleurs, je l’ai vue dans beaucoup de films, mais c’est en la voyant au théâtre qu’est né le désir de travailler avec elle. Elle jouait Arkadina dans La Mouette, de Tchekhov, un autre personnage de mère narcissique qui rudoie son fils. Quand j’ai lu le scénario de Lara Jenkins, deux ou trois ans plus tard, cela m’a paru évident qu’il était pour elle. Si elle avait refusé, je crois que j’aurais renoncé au film. Je lui ai envoyé le scénario et une lettre, puis nous avons déjeuné ensemble, bu beaucoup de vin blanc. Quatre heures plus tard, il était clair que nous ferions le film ensemble. Nous avons décidé ensemble que nous ne voulions pas complètement comprendre Lara, il fallait qu’elle garde ses zones d’ombre, ses secrets. Nous avons refusé toute approche psychologique. Nous avons beaucoup parlé, mais davantage de notre vision du travail, de notre relation au succès et à l’échec, des relations parents-enfants en général : elle a deux fils, l’un a l’âge de Viktor dans le film, il est lui aussi comédien… Trouver le costume du personnage, notamment son manteau, a été un pas important. Comprendre également le principe esthétique du film, tourné en caméra posée, avec des cadres très fermés. Le film n’a malheureusement pas pu être tourné dans l’ordre du récit, donc nous avons parlé en amont de l’évolution du personnage, de son ouverture progressive. C’est quelqu’un que l’on découvre sur le point de se suicider, mais voilà que quelques heures plus tard, elle retourne à son ancien travail, tente une sorte de réconciliation avec ses anciens collègues… »   Le réalisateur définit la relation entre Lara et son fils : « C’est presque une relation pathologique, elle en a fait un fils ‘à sa maman’. Elle l’a rendu incapable d’autonomie. Il y a ce phénomène connu où les mères aiment tellement leurs enfants qu’elles les rendent malades pour pouvoir davantage s’occuper d’eux. Viktor est longtemps resté dépendant d’elle, d’ailleurs, quand commence le film, cela fait assez peu de temps qu’il l’a quittée. C’est un phénomène fréquent, dans la musique comme dans le sport : si vous sacrifiez votre enfance et votre adolescence pour une pratique intensive, vous devenez asocial, vous êtes perdu dans la vraie vie. Lara a créé un environnement surprotecteur. Elle s’est rendue indispensable. »   L’utilisation de la chanson de France Gall, Il jouait du piano debout, est aussi très amusante – a fortiori pour le public français…   J’espère que les Français le prendront bien ! J’aime beaucoup cette chanson, et plus largement les chansons de France Gall de cette période. Le film raconte quand même la révolte d’un pianiste, donc thématiquement la chanson me parait juste ! Dans le scénario, le titre de la chanson n’était pas précisé, mais il y avait un morceau pop à chaque apparition du voisin : il fallait montrer qu’il venait d’un monde complètement différent, qu’il n’y avait pas plus éloigné de Lara que lui. J’aimais bien cette idée que la chanson finisse par infuser l’esprit de Lara, ce n’est plus une ritournelle pop ordinaire…   Le film s’achève par la chanson de « Il jouait du piano debout » de France Gall. Une façon de le terminer de façon positive. Le cinéaste s’explique : « Elle est liée au voisin, qui est la seule personne prête à prendre Lara telle qu’elle est, à l’accepter toute entière. C’est peut-être le seul personnage qui la supporte, voire qui l’aime bien ! Et c’est aussi une manière de finir sur une possible amitié entre eux. S’il y a une chose que j’aimerais pour Lara, c’est qu’elle ait un ami, quelqu’un avec qui elle prendra de temps à autre une tasse de thé. Elle mérite ça, quand même ! »  
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