screeshot Le pitch du 4 avril 2018

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Le Pitch - Cinéma
Emission du mercredi 4 avril 2018

diffusé le mer. 04.04.18 à 0h00
émissions culturelles | 5 min | tous publics
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DANS LA BRUME de Daniel Roby

 

Avec Romain Duris, Olga Kurylenko et Fantine Harduin

 

 

Le jour où une étrange brume mortelle submerge Paris, des survivants trouvent refuge dans les derniers étages des immeubles et sur les toits de la capitale. Sans informations, sans électricité, sans eau ni nourriture, une petite famille tente de survivre à cette catastrophe... Mais les heures passent et un constat s'impose : les secours ne viendront pas et il faudra, pour espérer s’en sortir, tenter sa chance dans la brume...

 

Daniel Roby, cinéaste canadien, a pu avoir un oeil décomplexé afin de se lancer dans ce projet, un film catastrophe dystopique, inhabituel dans le paysage cinématographique français. « Le fait que je ne sois pas Français fait surtout en sorte que je ne me suis pas questionné sur comment se positionne un film comme celui-ci dans la cinématographie française. Quand j’avais fait mon premier film on me disait : il n’y a pas beaucoup de films d’horreur dans la cinématographie québécoise… mais moi je ne pense jamais à cet aspect. Je me questionne simplement sur comment faire le film pour qu’il fonctionne, pour emmener le spectateur dans une aventure intrigante, intéressante, et originale », explique le metteur en scène.

 

Daniel Roby évoque sa collaboration avec les comédiens Romain Duris et Olga Kurylenko : « Tourner un film en France avec Romain Duris est un pure fantasme pour un metteur en scène québécois ! Il est extraordinaire, son charisme est très puissant et j’avais vraiment hâte de le voir dans ce rôle aux aspects plus physiques que ce qu’on est habitué de voir dans ses films. J’ai d’ailleurs été très surpris par son talent pour les scènes d’action : il est très doué ! Il a été le premier à être casté. Puis pour jouer Anna, quand j’ai su qu’Olga Kurylenko pouvait jouer en français, j’étais très séduit par cette idée. Je la trouve tellement photogénique, c’est une vraie ‘movie star’ dans le sens classique du terme, et je me disais qu’on ne la voyait pas assez souvent dans ce genre de rôle de femme de tête, brillante et solide, et que ça serait une super opportunité de développer un personnage qui a de la profondeur avec elle. Elle est fantastique et tellement professionnelle et passionnée par son travail, j’ai beaucoup aimé travailler avec elle. »

 

Romain Duris explique les raisons qui l’ont poussé à accepter de jouer dans le film : « Ce qui m’a plu dans le scénario se ressent bien à l’écran. On est dans un film à la fois d’action et d’aventures mais aussi dans un film d’anticipation qui se déroule en France. Il ne s’agissait pas de réaliser un blockbuster à l’américaine, mais d’apporter une dimension de vérité, d’humanité, d’émotion, et un côté très concret, à un film de science-fiction. C’est un film qui nous ressemble, à nous Européens, et qui ressemble à Paris. Et c’est précisément parce que cela semble si proche de nous que l’histoire nous intrigue et nous captive. On s’identifie très facilement aux personnages. L’équipe qui a travaillé sur les effets visuels a d’ailleurs redoublé d’effort pour rendre les scènes très crédibles ».

 

Olga Kurylenko évoque les méthodes de tournage de Daniel Roby sur le tournage : « Il tourne beaucoup de prises, il découpe énormément, car je pense qu’il est constamment à la recherche d’un je-ne-sais-quoi qui pourrait faire partir la scène dans une direction imprévue. Et même quand la prise est bonne, il en tourne une autre, et encore une autre, si bien que le rythme est intense. Mais ce tempo crée une tension et un climat pesants qui ont servi l’atmosphère du film. On est dans un certain état et je me demande s’il n’a pas tourné autant de prises pour nous conduire à cet état d’épuisement. C’est le genre de film qui impose cette contrainte : si le rythme avait été trop rapide, on n’aurait sans doute pas obtenu une telle tension dramatique. En me voyant à l’écran, je me suis rappelé à quel point j’étais à bout de forces, mais le résultat en valait la peine. »

 

Le tournage du film a été un des plus compliqués pour Romain Duris, notamment à cause de la fumée omniprésente sur le plateau. « Techniquement, il était impossible de vider la brume entre les prises, si bien qu’on avait le sentiment d’être dirigés dans un sas, dans une atmosphère indistincte, où on devine les choses plus qu’on ne les voit. Or, ces séquences dans la brume représentent quasiment la moitié du film. Il a aussi fallu apprendre à parler avec un masque, ce qui était d’autant moins facile que ce dispositif altère la façon dont on s’entend. Toutes ces contraintes physiques me sortaient véritablement de films plus traditionnels que j’ai tournés. Par ailleurs, Daniel Roby, voulait filmer avec beaucoup d’axes différents. Il tenait à se laisser plusieurs options au montage pour donner du rythme et une vraie dynamique au film. C’est pour ces raisons qu’on a énormément travaillé : on refaisait plusieurs fois les prises en cherchant toujours une vérité dans le jeu. Cela représentait beaucoup d’heures de tournage, avec pas mal d’intensité, et dans des conditions difficiles », confie l'acteur.

 

 

RED SPARROW de Francis Lawrence

 

Avec Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts, Charlotte Rampling et Jeremy Irons

 

 

Ce film est interdit en salles aux moins de 12 ans assorti de l’avertissement suivant : «  De nombreuses scènes de violence, notamment de torture, sont susceptibles de choquer les spectateurs ».

 

Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents. Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie.  Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux.

 

« Red Sparrow » est une adaptation du roman du même nom écrit par Jason Matthews, qui est un ex-agent de la CIA. Ce dernier a vendu les droits du livre avant même de l'avoir fini, pour une somme à sept chiffres. Le roman est d'ailleurs le premier volet d'une trilogie composée aussi de « Palace of Treason » et « The Kremlin's Candidate ».

 

Si l’univers de « Red Sparrow » était familier a l’écrivain, son personnage principal est en revanche un pur fruit de son imagination – néanmoins, au cours de sa carrière, la manipulation sexuelle faisait bel et bien partie de la formation des espionnes soviétiques. Il explique : « En URSS, il existait une école où l’on enseignait aux jeunes femmes l’art de la séduction pour piéger les hommes et faire chanter les ennemis de la patrie. Le gouvernement possédait un établissement dans la ville de Kazan, sur les rives de la Volga, où l’on enseignait aux jeunes femmes comment devenir des courtisanes. On les surnommait des ‘Moineaux’. »

 

Francis Lawrence a tout de suite été séduit par le livre : « Il racontait une histoire d’espionnage très originale. Je suis aussi tombé sous le charme du personnage de Dominika Egorova, de son cheminement personnel, de son histoire et du dilemme auquel elle est confrontée. Je suis toujours davantage attiré par les personnages solitaires et isolés comme elle. Après avoir mis en scène trois films ‘Hunger Games’ en cinq ans, j’étais également très enthousiaste à l’idée de faire quelque chose de totalement différent en termes d’histoire, d’univers, de ton et de public potentiel. Ce projet tombait à point nommé. »

 

Dès la lecture du roman, Francis Lawrence a su que l’un des principaux objectifs de l’adaptation serait de conserver les éléments clés de l’histoire originale imaginée par Jason Matthews. Il déclare : « Le livre est plein de sensualité mais également de violence et d’audace, et je tenais à ce que nous conservions cela. Justin et moi – et plus tard Jennifer et moi – nous sommes employés à faire en sorte que cette sensualité et cette violence émergent de manière naturelle, sans jamais être gratuites ou exagérées. L’idée n’a jamais été de faire un thriller érotique ou de choquer, nous voulions que les images illustrent naturellement l’histoire et le dilemme auquel est confronté le personnage, c’est pourquoi nous avons soigneusement nuancé tout ce qui a trait à la sexualité, à la nudité et à la violence pour trouver le ton le plus juste possible. »

 

L’auteur observe : « Je ne connais pas grand-chose à Hollywood mais je sais que Francis est un cinéaste phénoménal à qui l’on doit des films incroyables. Il avait à coeur de m’inclure dans le processus de création du film et m’a encouragé à donner mon avis. Cela ne se passe pas toujours comme ça sur les adaptations littéraires mais lui a été très ouvert et collaboratif. »

 

Concernant le casting, le réalisateur a tout de suite pensé à donner le rôle de Dominika à Jennifer Lawrence : « J’ai tout de suite pensé à Jennifer et lui ai raconté l’histoire dans les grandes lignes. Nous n’avions pas encore de scénario alors, et je ne tenais pas à ce qu’elle lise le livre de Jason à ce stade, mais je voulais savoir si hypothétiquement, elle serait intéressée par l’idée d’interpréter un personnage tel que Dominika. Après avoir obtenu son accord de principe, nous avons écrit le film pour elle. Pendant le développement de l’histoire, je lui ai révélé quelques bribes de l’intrigue car je connaissais sa réticence vis-à-vis de ce genre de films lorsqu’elle était plus jeune. Je l’ai donc préparée psychologiquement à l’histoire, au personnage, au ton et au contenu du film tout au long du développement du projet. Une fois le scénario achevé, elle savait donc à peu près à quoi s’attendre. »

L’actrice confirme : « Francis a évoqué le projet pour la première fois lors de la promotion du dernier volet de la franchise ‘Hunger Games’. Il avait lu ‘Red Sparrow’ et pensait que cela ferait un film passionnant. Nous avons commencé par aborder le fait que Dominika serait un personnage à mille lieues de tout ce que je connaissais car elle a dû se battre pour survivre dès le plus jeune âge. Son corps a été utilisé par le gouvernement dès l’enfance, que ce soit en tant que ballerine ou athlète nationale, et finalement en tant que recrue forcée d’un programme d’espionnage. Lorsque j’ai découvert le scénario et que Francis et moi en avons discuté, j’étais terrifiée par les scènes au sein de l’école des Moineaux : ce serait la première fois que j’apparaîtrais nue à l’écran… Mais après l’avoir fait, j’ai ressenti un profond sentiment de libération. Par principe, je ne mettrais jamais mon personnage dans une situation qui me mettrait moi-même mal à l’aise, mais comme on peut le voir dans le film, c’est le moment où Dominika prend le pouvoir et se retourne contre ceux qui tentent de la contrôler. J’ai personnellement ressenti cette force et j’ai trouvé cela enivrant. Si elle a été entraînée pour utiliser son corps, c’est finalement en employant sa tête qu’elle l’emporte. Je considère Dominika comme une héroïne moderne et complexe qui suit ses propres règles et possède la détermination nécessaire pour accomplir tout ce qu’elle désire. »

 

Aux côtés de Jennifer Lawrence joue Joel Edgerton qui incarne Nate. Francis Lawrence déclare à son propos : « Joel était mon premier choix pour le rôle de Nate car c’est un acteur phénoménal. De plus, j’étais convaincu que l’alchimie prendrait entre Jennifer et lui. J’aimais l’idée que Jennifer vive à l’écran une histoire avec un homme, un vrai, pas comme dans ‘Hunger Games’ où les acteurs étaient très jeunes et incarnaient des adolescents. Je tenais à instaurer une dynamique très différente dans ce film et Joel était le candidat idéal pour cela. Avant toute chose, j’ai trouvé que l’honneur, l’honnêteté et le pragmatisme qui émanent naturellement de lui conviendraient parfaitement au rôle car il était très important à mes yeux que les spectateurs soient convaincus par le personnage, comprennent où va sa loyauté et lui fassent confiance. »

 

Jennifer Lawrence confie avoir pris beaucoup de plaisir à donner la réplique à son partenaire. « J’adore Joel ! Il est incroyablement talentueux et son accent américain était impeccable, ce qui était très intimidant pour moi qui essayais d’adopter l’accent russe. C’est quelqu’un de très sympathique doublé d’un travailleur acharné, et il incarne le personnage de Nate à la perfection. Personne d’autre n’aurait pu le jouer aussi bien que lui. Il a énormément apporté au film et au rôle. »

 

L’acteur admet pour sa part avoir été impressionné par la relation entre Jennifer Lawrence et Francis Lawrence, et révèle que c’est l’une des raisons pour lesquelles il a accepté le rôle de Nate. Il explique : « Le fait que deux personnes qui ont déjà collaboré à trois reprises aient envie de remettre ça pour la quatrième fois est très significatif. La fidélité est une valeur qui compte beaucoup pour moi, cela en dit long sur la personnalité, le caractère et l’éthique professionnelle des différents intervenants mais également sur leur enthousiasme créatif. C’était l’occasion pour moi de travailler avec deux personnes qui s’entendent à merveille, ont une vision similaire et savent faire preuve de créativité. »

 

L’impressionnante distribution de « Red Sparrow » est completée par les acteurs internationaux tels que Jeremy Irons, Matthias Schoenaerts, Ciaran Hinds, Charlotte Rampling, Joely Richardson ou encore Mary-Louise Parker. Le producteur David Ready déclare : « La notoriété et la variété des acteurs du film témoignent de la qualité du scénario, de l’incroyable vision de Francis et de l’intérêt du personnage de Dominika. Presque tous les acteurs qui ont lu le scénario ont été captivés par l’histoire sans pouvoir en prédire la fin. ».

 

La plupart des décors ont été tournés à Budapest en Hongrie. L’Opéra de la ville a lui aussi servi de doublure au Bolchoï, mais il a fallu que l’équipe s’adapte au programme charge des représentations. Dès que la production quittait les lieux, les machinistes prenaient le relais afin de préparer la scène pour le spectacle du soir. Afin de conférer de l’authenticité à la dernière représentation de Dominika, Francis Lawrence a fait appel au célèbre chorégraphe Justin Peck ainsi qu’au danseur, chorégraphe et professeur de danse Kurt Froman pour créer la scène. Durant les trois mois qui ont précédé le tournage, Jennifer Lawrence a ainsi répété trois heures par jour avec Kurt Froman. Elle raconte : « J’ai suivi une longue préparation physique pour ce film. Les scènes de danse classique ont évidemment nécessité un entraînement intensif, et même si je n’atteindrai jamais le niveau requis pour entrer au Bolchoï, cela m’a appris la discipline et permis d’adopter une bonne posture. La danse a profondément changé mon corps… mais il est vrai que j’ai eu très faim au cours des premières semaines ! Comme on peut le voir dans le film, la carrière de ballerine de mon personnage est stoppée net, mais on continue à la voir évoluer tout au long du film. »

 

Plusieurs semaines après avoir quitté le tournage, Jeremy Irons a croisé l’équipe du film alors qu’il allait prendre l’avion a Heathrow et en a profité pour prendre des nouvelles du réalisateur et de ses partenaires. A propos de Francis Lawrence, l’acteur déclare : « Il est très bienveillant, très calme et très organisé, c’est une seconde nature. Il s’entoure d’une équipe technique dont la plupart des membres ont déjà travaillé avec lui sur ses précédents films et avec qui il fonctionne à merveille, ce qui créé une ambiance détendue sur le tournage et permet aux acteurs de se sentir en confiance et soutenus, mais aussi d’expérimenter. Il a également le don de conférer aux grosses productions un caractère très intime, comme il l’a fait avec ‘Hunger Games’. Il allie sensibilité et fermeté et est capable de diriger une équipe de 200 personnes tout en se rendant disponible pour ses acteurs. »

 

Jennifer Lawrence ajoute : « J’adore travailler sous la direction de Francis, cela tient principalement au fait que j’ai entière confiance en lui et qu’il a des goûts très sûrs. Je suis beaucoup plus sereine lorsque je tourne avec lui parce que je sais qu’il réalisera le meilleur film possible. C’est un visionnaire qui a le don exceptionnel de créer des univers merveilleux, doublé d’un fantastique communicant. À chaque fois que je faisais quelque chose d’éprouvant pour la première fois, j’étais rassurée de le savoir derrière la caméra. »

Le producteur Peter Chernin conclut : « ‘Red Sparrow’ est un film à part dans la filmographie de Francis Lawrence et dans celle de Jennifer Lawrence. C’est un film d’espionnage singulier qui raconte une histoire captivante, émouvante et riche en rebondissements, qui va passionner et habiter les spectateurs longtemps après qu’ils auront quitté la salle, je peux vous le garantir ! »

 

 

BONUS

 

 

LA MORT DE STALINE de Armando Iannucci

 

Avec Steve Buscemi, Jeffrey Tambor et Olga Kurylenko

 

 

Dans les jours qui suivent son attaque cérébrale, les ministres composant la garde rapprochée de Staline se livrent à un combat acharné pour prendre le contrôle, certains souhaitant un changement positif en Union Soviétique, d'autres nourrissant des ambitions plus funestes. Mais tous sont dans la même urgence : lutter à tout prix pour rester, simplement, en vie.

 

« La Mort de Staline » est adapté du roman graphique du même nom de Fabien Nury et Thierry Robin, centré sur cette lutte de pouvoir abjecte (et étalée sur deux jours) des anciens subordonnés du dictateur pour lui succéder. Ce sont les producteurs français Yann Zenou, Laurent Zeitoun et Nicolas Duval Adassovski qui ont acheté les droits des deux bandes-dessinées et ont eu l’idée de contacter Armando Iannucci.

 

En s'attaquant à cette adaptation, Armando Iannucci a été abasourdi par les faits, qui paraissaient trop étranges pour être vrais. Le metteur en scène précise : « Ils ont dû refaire le concert qu’on voit au début du film car il n’y avait pas d’enregistrement et Staline en voulait un – c’est véridique. Khrouchtchev était considéré comme une personnalité mineure mais c’est lui qui est responsable de l’éviction de Beria du pouvoir - véridique. Staline a mariné dans une flaque d’urine car ses propres gardiens étaient trop terrifiés pour entrer dans la pièce – véridique. Ils ont hésité sur quel médecin prendre car il craignait qu’on l’empoisonne – véridique. Staline ne se couchait pas avant 4h du matin et convoquait le Politburo dans sa datcha à 22h pour un énorme repas et les regardait devenir de plus en plus soûls alors que lui-même buvait des boissons diluées à l’eau – véridique. C’est presque comme s’il voulait voir comment ils se conduiraient devant lui. »

 

Le réalisateur a souhaité en faire une tragicomédie : « Nous nous sommes documentés sur le Moscou des années 40 et 50 et c’était une époque abominable : chacun connaissait quelqu’un qui avait été envoyé au goulag ou qui avait été exécuté. Pour supporter une telle situation, des recueils de blagues circulaient sur Staline et Beria. Ces recueils étaient très populaires mais on aurait été exécutés si on était pris en possession d’un exemplaire. Cette tension est si effrayante que ça en devient étrangement comique, d’une manière légèrement hystérique. Notre intention était de réaliser un film drôle qui désarçonne. La comédie est souvent tendue. Une grande partie de l’effet comique de la première moitié de ‘La Mort de Staline’ est induite par la panique ; on voit des personnes qui ne savent pas quoi faire et qui doivent prendre des décisions rapidement en espérant que ce sont les bonnes, sinon, elles n’y survivront pas. » Pour Armando, la gageure était de réaliser un film qui resterait drôle dans un tel contexte et de montrer ce qui se passe au-delà du monde clos dans lequel l’histoire se déroule.

 

Le réalisateur attache une grande importance à la distribution des rôles : « Nous avons minutieusement choisi chaque acteur. Nous imaginions Molotov comme un puriste adhérant à la ligne du parti à la lettre et je voyais très bien Michael Palin l’interpréter avec noblesse mais en même temps avec un grain de folie – et c’est passionnant de voir Michael le faire dans le film. »

Il n’a pas fallu longtemps pour convaincre Michael Palin de rejoindre le projet. « Armando a fait des choses remarquables et j’ai accepté illico. Il a dit que ce serait une comédie très noire mais qu’il y avait également une question importante : comment diriger un appareil de l’ampleur du gouvernement de Staline ? C’était à la fois sérieux et comique, et ce mélange n’est pas facile à manier. » Michael Palin a beaucoup aimé jouer aux côtés des autres acteurs. « Ce sont des personnes merveilleuses, des personnes que j’admire. C’est un groupe fabuleux. Armando devait se douter qu’on se stimulerait les uns les autres, chacun interprétant un rôle bien différent mais tout le monde se complétant. »

 

Steve Buscemi, qui incarne le ministre de l’Agriculture Nikita Khrouchtchev, l’a également beaucoup apprécié. « Les acteurs étaient fantastiques et c’est ce côté film choral qui m’a attiré. Ça m’a un peu fait penser à un film de Robert Altman — chaque personnage a une histoire. » dit-il.

 

Les acteurs ont été très impressionnés par la faculté d’Armando Iannucci à trouver le bon équilibre entre humour et tragédie. « Ce qui est brillant, dans ce film, c’est qu’il est très drôle, et que tout d’un coup, comme un seau d’eau glacé versé dans votre cou, quelque chose de tout à fait terrifiant se produit, du genre : Mettez-le sur la liste, avec sa femme, et abattez-le avant pour qu’elle le voie ; c’est absolument glaçant. La phrase ‘La banalité du mal’ est très vraie, quand on regarde ce qui est arrivé, et l’insérer dans un contexte comique rend la chose encore plus terrifiante. », dit Dermot Crowley, qui incarne Kaganovich.

 

« La mort de Staline » ne sortira finalement pas en Russie. Le ministère russe de la Culture a annulé sa sortie en salles. Raison de cette interdiction ? Le ton satirique de cette comédie.

 

La Mort de Staline a été tourné en extérieurs à Moscou, Kiev, Londres et Oxfordshire. Pour des raisons évidentes, Armando Iannucci et son équipe n'ont pas pu réaliser l’intégralité du film en Russie. Ils ont alors décidé de recréer la Russie des années 1950 à Londres. « C’était un vrai défi, mais un défi que toutes nos équipes ont relevé haut la main. Nous étions étonnés de trouver des arrière-plans ‘russes’ parfois même en plein centre de Londres », explique le producteur Laurent Zeitoun.

 

 

DON’T WORRY, HE WON’T GET FAR ON FOOT de Gus Van Sant

 

Avec Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara et Jack Black

 

 

Même après avoir failli mourir dans un accident de la route lors d’une nuit de beuverie avec son ami Dexter, John Callahan n’a pas la moindre intention d’arrêter de boire. Il finit pourtant par suivre une cure de désintoxication, soutenu par sa compagne et un mentor charismatique, et se découvre alors un don inattendu… Il crée des dessins à l’humour noir, satirique et insolent, qui lui vaudront un succès international dès leur publication dans la presse. En dessinant, Callahan découvre une nouvelle manière de voir la vie…

 

Le film a mis plus de vingt ans à voir le jour. En effet, l'idée de porter sur grand écran la vie du dessinateur John Callahan est venue à l'esprit de Gus Van Sant par le biais de Robin Williams, qu'il avait dirigé dans « Will Hunting » en 1997. Le comédien avait acheté les droits de l'autobiographie de Callahan. Il souhaitait interpréter et produire le film et en confier la réalisation à Gus Van Sant. Ce dernier connaissait d'ailleurs le travail de Callahan et était originaire comme lui de Portland. Plusieurs versions du scénario ont vu le jour dans les années 90 et 2000 mais sans permettre la concrétisation du projet. Après le décès de Robin Williams en 2014, Gus Van Sant s'est à nouveau penché sur le scénario en tentant d'être plus fidèle au livre et en se concentrant sur l'alcoolisme de Callahan.

 

Gus Van Sant avait déjà dirigé Joaquin Phoenix dans « Prête à tout ». L'acteur avait alors tout juste 19 ans. Le réalisateur explique : « Je tenais à retravailler avec Joaquin et cela a failli se faire à plusieurs reprises. Nous sommes restés en contact dans l’espoir de trouver le projet qui nous réunirait, et lorsque je lui ai fait parvenir le scénario de ‘Don't Worry, He Won't Get Far On Foot’, il a immédiatement été séduit. » Le comédien a été convaincu par la passion de Gus Van Sant et le fait que ce dernier connaissait personnellement John Callahan. Il savait également que le projet avait l'aval de la famille du dessinateur : « Le film est basé sur son livre et raconte ses histoires et sa vie, il était donc important qu’il soit réalisé par quelqu’un de passionné qui apporte une dimension personnelle au projet. »

 

Joaquin Phoenix a appris tout ce qu’il a pu sur son personnage. Après avoir relu attentivement chaque page du script en compagnie de Gus Van Sant, il s'est plongé dans l'autobiographie de John Callahan et en a surligné tous les passages importants. L’acteur a également étudié les enregistrements des entretiens que Gus Van Sant a réalisé chez le dessinateur, ainsi que des reportages et documentaires qui lui ont été consacrés. Dans le cadre de ses recherches, Joaquin Phoenix a même passé du temps au centre de rééducation Rancho Los Amigos en Californie, où John Callahan a été traité après son accident. Il a discuté avec de nombreux patients du centre mais admet avoir été initialement un peu mal à l’aise. Il raconte : « C’est toujours assez délicat de s’immiscer dans la vie d’inconnus lorsqu’on fait des recherches pour un film, mais la plupart de ceux que j’ai rencontrés étaient handicapés depuis quinze ou vingt ans et souhaitaient parler de leur expérience. Ils m’ont laissé leur poser toutes les questions que je voulais. »


Le frère cadet de John Callahan, Tom, a été soufflé par la performance de Joaquin Phoenix : « c’était époustouflant de voir Joaquin, il se comportait exactement comme John. Je suis allé le trouver ensuite, pour lui dire que j’avais eu littéralement l’impression de revoir mon frère. C’était à la fois très excitant et bouleversant pour nous tous. »

 

Jack Black et Jonah Hill étaient ravis de tourner dans le film car ils sont de grands fans de Gus Van Sant et ne s'en étaient jamais cachés. Ainsi, Jack Black écrivit il y a des années une lettre au réalisateur pour lui faire savoir à quel point il admirait son travail. Faute de réponse, le comédien avoue s'être senti stupide, jusqu'à ce qu'il reçoive un mail de son agent lui proposant de participer à « Don't Worry,... ». Quant à Jonah Hill, l'acteur a eu l'occasion de parler à Gus Van Sant lors d'une rencontre fortuite dans la rue : « Je lui ai dit combien ses films comptaient pour moi car c’est en partie grâce à eux que j’ai décidé de faire du cinéma. ‘Elephant’ et ‘Prête à tout’ font partie de mes films préférés. »

Une attention qui a touché le cinéaste : « Quand quelqu’un vous dit qu’il aimerait travailler avec vous, on ne l’oublie pas, si bien que lorsqu’un rôle se présente, on pense à lui. »

 

C'est la neuvième fois que Danny Elfman signe la musique d'une oeuvre de Gus Van Sant. Le compositeur déclare : « Lorsqu’un réalisateur comme Gus, avec qui j’entretiens une relation de longue date, me propose de collaborer sur un projet, la seule chose qui entre en compte dans ma décision, c’est ma disponibilité. Je ne demande jamais à lire le scénario avant de donner ma réponse. Et j’accepte généralement volontiers car j’aime beaucoup travailler avec lui. »

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