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présenté par : Caroline Roux, Axel de Tarlé

Édouard Philippe l’a dit hier lors de sa présentation de la deuxième phase de déconfinement : “le pays va devoir se battre contre ... l’impact d’une récession historique.” Et sur ce front, les mauvaises nouvelles sont déjà là.   Le groupe Renault vient d’annoncer la suppression de 4 600 emplois en France (15 000 dans le monde) dans le cadre d'un plan d'économies de deux milliards d'euros sur trois ans. Si ce projet explosif était attendu et redouté depuis plusieurs jours, il a été officialisé ce vendredi par le constructeur automobile. Il prévoit de réduire les effectifs "sans licenciement sec", via des départs à la retraite non remplacés, des mesures de mobilité interne ou de reconversion. Plusieurs sites sont sur la sellette, notamment celui Choisy-le-Roy dans le Val-de-Marne qui va fermer "à l'horizon 2022".   Ces annonces surviennent alors que chômage connaît une hausse historique dans le pays. Elles tombent également quelques jours après la présentation par le chef de l’État d’un plan de soutien de huit milliards d’euros à l’industrie automobile qui devait être la rampe de lancement à la souveraineté industrielle de la France défendue par le gouvernement en matière de voiture électrique.
Pour cela, l’Exécutif a même listé les contreparties attendues des constructeurs, en échange de l’enveloppe de l’État. Alors cette ambition martelée par l’Exécutif vient-elle de s’écraser sur la réalité économique post-confinement ?   "Ce projet est vital" a expliqué la directrice générale de Renault Clotilde Delbos. Les difficultés du constructeur, qui avait publié en février ses premières pertes annuelles en dix ans, ont été aggravées par la crise. D’autre part "nous avons décidé de fabriquer en France un moteur électrique 100 kilowatt qui était précédemment prévu de 'sourcer' en Chine ". Ce qui était une des conditions fixées par le gouvernement pour l'obtention d'un prêt de cinq milliards d'euros pour assurer sa survie. Insuffisant pour la CFDT du groupe Renault qui a qualifié ce plan de "projet de casse sociale et de désindustrialisation".   Les réactions sont également nombreuses dans la classe politique, l’opposition accusant l’exécutif de soutenir financièrement des entreprises qui licencient. "Les aides gouvernementales doivent être conditionnées à des entreprises qui ne licencient pas. (...) Quand Renault reçoit de l’argent de l’État mais supprime des emplois, ce n’est pas normal”, a par exemple fustigé le député Insoumis Alexis Corbière. D’autres, comme l’ancienne députée LREM désormais membre du groupe EDS (Écologie Démocratie Solidarité) Émilie Carion demande au gouvernement d’intervenir.   Depuis des semaines, l’Exécutif a mis l’accent sur l’importance de la sauvegarde de l’emploi et sur la relocalisation de la production, thème qui a fait un retour en force dans l'actualité avec la pandémie de Covid-19. La crise sanitaire a montré la dépendance de la France à l'étranger dans plusieurs domaines stratégiques, notamment dans la fabrication des masques de protection ou celle de principes actifs qui rentrent dans la composition des médicaments. "Nous dépendons beaucoup trop de certains pays étrangers pour les principes actifs qui sont dans les médicaments", avait ainsi constaté Bruno Le Maire, ministre de l'Économie.
Emmanuel Macron a appelé lui à "produire davantage en France, sur notre sol. Pour certains produits et certains matériaux, le caractère stratégique impose d’avoir une souveraineté européenne, pour réduire notre dépendance (…) Le jour d’après ne ressemblera pas au jour d’avant, nous devons rebâtir notre souveraineté nationale et européenne".   Mais comment rebâtir cette souveraineté industrielle et économique ? Relocaliser en France, est-ce possible ? A quel prix ? Enfin en quoi consiste l’"Union de la santé" dont la Commission européenne vient de jeter les bases ?   Invités : - Sylvie Matelly, économiste, directrice adjointe de l'IRIS et auteure de "L'Europe peut-elle faire face à la mondialisation ?" - Sophie Fay, grand Reporter à L’Obs - Elie Cohen, économiste, directeur de recherche au CNRS auteur de "Le décrochage industriel" - Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L’Usine Nouvelle