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Macron, les "Amish"... et les écolos La vidéo n'est pas disponible

présenté par : Caroline Roux, Axel de Tarlé

Fini, le président au-dessus de la mêlée, concentré sur la "guerre" contre la Covid-19 et les questions internationales. Lundi ... soir, devant un parterre d’entrepreneurs et d’investisseurs, Emmanuel Macron est parti en croisade contre ces incurables écolos qui prétendent "relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile !"
"Oui, la France va prendre le tournant de la 5G", a-t-il lancé, opposant ainsi une fin de non-recevoir à la Convention citoyenne et aux 70 élus de gauche et écologistes, dont Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, qui dans un tribune alertent sur les dangers de la 5G et demandent un moratoire sur son déploiement dans le pays.   Bronzé et décontracté, le chef de l’État s’est dit ravi de retrouver les représentants de la "French Tech" qui attendent avec impatience la mise en œuvre d’une technologie qui permettra le déploiement des véhicules autonomes, de la "smart city" et de toute sorte d’objets connectés. L'attribution des fréquences de cette technologie mobile doit en effet débuter à la fin du mois en France. L’objectif de ce rendez-vous était donc cette année pour Emmanuel Macron de les rassurer.   Mais c’était aussi, à l’évidence, l’occasion pour le chef de l’État d’engager un bras de fer politique contre la gauche écolo, celle qui se sent pousser des ailes électorales après les municipales et les conquêtes de Lyon, Marseille et plusieurs autres grandes villes.
Ainsi le président de la République, se réclamant du pays "des Lumières" et de "l’innovation", s’est fait fort de "tordre le cou à toutes les fausses idées" dans un "débat éclairé" qui permettra de répondre à ces "peurs" qu’il faut "regarder en face". "Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l'écologie contemporaine", s'est même moqué le chef de l'État, en référence à cette communauté religieuse américaine hostile à la technologie et qui vit comme au XVIIIe siècle.   A deux ans de l’élection présidentielle, et alors que les premiers pas de plusieurs édiles écolos ont suscité des polémiques, le moment de l'offensive "anti-Verts" semble avoir sonné pour l’exécutif. Mais la réponse ne s’est pas fait attendre. Dans la soirée de mardi, plusieurs associations écologistes, dont “Les Amis de la Terre” renommée pour l’occasion “les Amish de la Terre” sur les réseaux sociaux, ont organisé un rassemblement devant l’Élysée pour dénoncer “le mépris” d’Emmanuel Macron.
"Nous sommes tous les Amish de la Terre", ont-ils scandé, en brandissant des bougies. Le maire EELV de Grenoble Éric Piolle a lui dénoncé les propos "totalement outranciers" du chef de l’État. "Emmanuel Macron, finalement choisit ce camp de la violence. Bientôt, il dira qu’on mange les enfants !".
Mais il doit sortir "de son bunker à Paris". "Sa 'start-up nation', elle ne parle pas à beaucoup de gens qui, aujourd'hui, n'ont pas accès au numérique", a-t-il ajouté.    Depuis des mois associations écologiques et élus EELV, FI et PS demandent un moratoire sur le  déploiement de la 5G et l’ouverture d’un débat démocratique. Ils s'inquiètent notamment de son impact sur l’environnement et sur notre santé.
Ces derniers craignent que la multiplication des antennes, et des usages qui en découlent, augmente à long terme l'exposition des populations aux ondes et génère des troubles sanitaires (cancers, baisse de la fertilité, insomnie, grande fatigue, maux de tête) et cognitifs (problèmes d'apprentissage des enfants, troubles psychosociaux, etc.). Car avec la 5G, le rayon électromagnétique est plus fort, or l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le classe parmi les cancérigènes possibles. Les défenseurs de l'environnement redoutent également un impact sur la biodiversité et pointent un risque d'épuisement des ressources non renouvelables, de destruction des sols et de pollution de l'eau.   En septembre 2017, déjà, plus de 170 scientifiques internationaux avaient, dans un appel, "recommandé un moratoire sur le déploiement de la 5e génération” afin que des scientifiques indépendants puissent étudier les dangers potentiels de la technologie sur la santé et l'environnement. La Convention citoyenne sur le climat a émis fin juin un souhait similaire. Le gouvernement n'avait pas retenu la proposition mais il avait demandé un rapport d'évaluation à l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) sur les effets de la 5G "sur la santé et le climat". 
Cette étude remise hier au gouvernement balaie "au vu des premières données disponibles" la possibilité d'effets indésirables de la 5G en-dessous des valeurs limites recommandées d'expositions aux ondes. L'Anses, qui avait relevé en janvier le manque de données scientifiques sur le sujet, doit rendre son rapport final en mars 2021. En Suisse, second pays – après la Corée du Sud – à avoir adopté la 5G, la contestation populaire a pris de l’ampleur et Berne a fait un premier pas en direction des opposants en reportant indéfiniment ses directives, en attendant de mieux mesurer les effets réels de la 5G.   Alors qu'est-ce que la 5G ?  
Santé, environnement, espionnage… Faut-il en avoir peur ?
Comment analyser la sortie d’Emmanuel Macron sur la 5G et les Amish ? Pourquoi un tel bouillonnement politique autour de l’écologie ?     Invités :Roland Cayrol, politologue - Directeur du Centre d’études et d’analyses, le Cetan Sophie de Ravinel, grand reporter politique au Figaro Sophie Fay, journaliste au service économie de L’Obs Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’institut de sondages IFOP