présenté par : Caroline Roux, Axel de Tarlé

À peine acté le report des élections départementales et régionales pour cause de pandémie, l’exécutif se penche sur la présidentielle ... et veut faire adopter une petite révolution avant le scrutin. Jusqu’à présent, en France, le vote est une véritable cérémonie républicaine qui se déroule le dimanche, et si on ne peut pas y aller, on donne procuration à une personne qui se déplacera le jour dit dans l’isoloir. Mais pour 2022, le gouvernement veut permettre aux citoyens de voter par anticipation quelques jours avant, les mardis, mercredis ou jeudis précédents le premier et second tour, depuis le chef-lieu de leur département sur une machine électronique. Et il a déposé un amendement surprise dans ce sens mardi au Sénat.     Du côté de LREM, on soutient l'idée de "moderniser la démocratie" et de lutter contre l’abstention. Au Portugal, le mois dernier, 250 000 personnes ont ainsi voté en amont. Aux États-Unis, ils furent plus de 100 millions lors de la dernière présidentielle. Mais la France n’est pas l’Amérique et la nouvelle a fait l’unanimité contre elle dans l’opposition. L’amendement qui a été débattu hier en commission des lois au Sénat a été rejeté. Dans un communiqué, la commission explique que sur la forme, il est "inenvisageable de modifier aussi radicalement les règles de l’élection présidentielle par un amendement déposé in extremis à la fin de la navette parlementaire, sans que ni les forces politiques ni le Conseil d’État aient été appelés à se prononcer". "Sur le fond, elle a considéré que l’amendement du gouvernement était de nature à alimenter la suspicion sur la sincérité de l’élection présidentielle et à remettre en cause la légitimité du Président élu. Les machines à voter, en effet, sont soumises à un moratoire depuis 2008 : seules 66 communes en sont équipées, le gouvernement interdisant aux autres communes d’acquérir des machines à voter".     Les membres de la commission évoquent également plusieurs arguments, parmi lesquels les risques de fraude. Un argument largement mis en avant depuis mardi par plusieurs élus. "Machine à voter, machine à tricher !" a ainsi réagi le député Gilbert Collard. "Alerte fraude !" s’est insurgé l'ex-FN Florian Philippot. "Une magouille politique qui ne dit pas son nom" a pointé à son tour Sébastien Chenu, porte-parole du RN. Autre critique : "Ça crée une rupture d’égalité car les gens habitant les villes pourraient avoir l’occasion de voter un mercredi, puis un dimanche" et pas les gens des zones rurales reculées", a expliqué Bruno Retailleau. Mais "il y a bien un motif" pour "cette habileté politicienne qui vient finalement tromper le jeu démocratique" s’est interrogé le sénateur LR, qui a une idée : "Monsieur Macron recherche un électorat plutôt urbain, qui pourrait partir en villégiature le dimanche et dont on aimerait qu’il vote le mercredi pour le laisser libre de ses choix le dimanche". De son côté le rapporteur du texte, le sénateur LR Stéphane Le Rudulier rappelle que "l’élection présidentielle, notamment au premier tour, n’est pas frappée d’une abstention réelle. Cela a l’air d’un amendement bricolé à la dernière minute, vraiment bricolé, qui pourrait semer le doute encore une fois sur l'élection présidentielle" a-t-il déploré S’il ne fait pas de doute que l’amendement examiné ce jeudi en séance au Sénat, à majorité LR, va être rejeté, les députés auront le dernier mot sur le texte. Le gouvernement pourra réintroduire l’amendement à l’Assemblée.     Le débat est donc loin d’être clos alors que la présidentielle est dans toutes les têtes et que le duel Macron/Le Pen a déjà commencé à distance. Un match retour que pronostiquent 67 % de Français mais dont ils ne veulent pas. Alors à droite comme à gauche on tente de se faire une place dans ce tête-à-tête et on se cherche une figure providentielle. Ces derniers jours le nom de Michel Barnier, "Monsieur Brexit", revient ainsi avec insistance du côté des Républilcains au sujet d’une éventuelle candidature à l'élection présidentielle, quand à gauche de nombreuses voix appellent l'ancienne Garde des Sceaux, Christiane Taubira, à se lancer dans la course pour 2022.       Invités :   - Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique – France Télévisions - Dominique Reynié, politologue, directeur général de Fondapol - Brice Teinturier, directeur délégué de l’institut de sondages Ipsos - Marion Mourgue, grand reporter au service politique – Le Figaro
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