Crise des sous-marins : quand l’Amérique torpille l’Europe La vidéo n'est pas disponible

présenté par : Caroline Roux, Axel de Tarlé

Paris n'a pas du tout digéré la manœuvre des États-Unis qui ont poussé l’Australie à renoncer à sa commande de sous-marins ... passée à l’hexagone, réduisant ainsi à néant le "contrat du siècle" scellé en 2019 pour cinquante ans et 56 milliards d’euros. Alors pour marquer le coup, la France a décidé d’annuler un gala qui devait avoir lieu ce vendredi dans son ambassade à Washington afin de célébrer l'anniversaire d'une bataille navale décisive de la guerre d'indépendance, conclue par la victoire de la flotte française sur la flotte britannique.   Pas question en effet pour Paris de célébrer l’amitié franco-américaine alors que l’administration Biden a torpillé, sans prévenir, un contrat de vente de douze sous-marins afin de sceller une nouvelle alliance indo-pacifique avec le Royaume-Uni et l'Australie. Ce partenariat stratégique baptisé "AUKUS", clairement destiné à contrer les ambitions grandissantes de la Chine dans la région, inclut notamment la fourniture de sous-marins américains à propulsion nucléaire à Canberra - et sort de fait les Français du jeu.   "La France est un partenaire vital" dans la région indo-pacifique "et dans beaucoup d'autres domaines". "C'était le cas depuis longtemps, et ce sera le cas à l'avenir", a déclaré hier le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken pour tenter d'apaiser la France, et d'éviter une crise ouverte. Mais pour l’instant en vain, Paris ne décolère pas.   Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian n'a pas eu de mots assez durs jeudi pour évoquer sa "colère" et son "amertume" après cette "décision unilatérale, brutale, imprévisible", n’hésitant pas à comparer la méthode Biden "à ce que faisait" son prédécesseur Donald Trump. "Cela ne se fait pas entre alliés", a martelé le responsable français, qui avait négocié le "contrat du siècle" lorsqu'il était ministre de la Défense en 2016.   Car au-delà des enjeux commerciaux, c’est bien l'absence de concertation que dénonce la France. D'autant que cette affaire intervient après le retrait américain d'Afghanistan qui a laissé des traces auprès des membres de l’OTAN dont les positions n'ont pas pesé dans la décision de Joe Biden. Pour nombre d’experts, les Européens ont désormais une idée assez claire de la façon dont Washington les considère, ce qui devrait probablement les pousser à définir une politique chinoise indépendante et à aller plus loin dans leurs démarches pour construire une Europe-puissance autonome.   Dans cet optique, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé mercredi, lors de son discours sur l'état de l'Union, une contre-attaque aux routes de la soie chinoise et a appelé à faire avancer une véritable Europe de la défense, jusqu'ici empêtrée dans les arrière-pensées et les divergences de vue au sujet de l'OTAN. Mais y parviendront-ils ?  De nombreux pays, Pologne en tête, n’y sont pas favorables et rien ne dit que l'élection allemande de la semaine prochaine désignera un chancelier plus volontariste qu'Angela Merkel sur ce dossier. Olaf Scholz, qui a la faveur des sondages, n’y semble pas forcément disposé. Alors quelle sera la stratégie de l’Europe face aux États-Unis et à la Chine ? Et que se passe-t-il dans la zone indo-pacifique ? Y a-t-il un risque de confrontation ?   Invités :   - Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, et de l’ILERI, l’institut libre d’étude des relations internationales. Son dernier ouvrage : "Le rapport Schuman sur l’Etat de l’union 2021" est publié aux éditions Marie B. - Élise Vincent, journaliste spécialiste des questions de défense pour le journal Le Monde. - Tara Varma, directrice du bureau de l’European Council on Foreign Relations à Paris, un Think tank de politique étrangère. - Pierre Haski, journaliste, chroniqueur en politique internationale pour le magazine L’Obs et la radio France Inter .
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