Brexit : l’Angleterre en panne sèche La vidéo n'est pas disponible

présenté par : Caroline Roux, Axel de Tarlé

Après le non-respect, il y a un an, du protocole nord-irlandais figurant dans le traité du divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, voilà maintenant que le Premier ministre britannique s’en prend à la France sur le sujet de la pêche, censé avoir été réglé dans le cadre de l’accord commercial entre les Vingt-Sept et Londres, conclu in extremis fin 2020. Cet accord post-Brexit prévoit que les pêcheurs européens pourraient continuer à travailler dans certaines eaux britanniques, à condition d'obtenir une licence accordée s'ils peuvent prouver qu'ils y pêchaient auparavant. Or mercredi, l'île anglo-normande de Jersey a annoncé l'octroi de 64 licences à des bateaux français, mais 31 autres n'obtiennent qu'une autorisation provisoire - jusqu'à fin janvier 2022. Enfin 75 demandes ont été recalées et devront "cesser toute activité de pêche dans les eaux de Jersey dans un délai de 30 jours". La veille, le gouvernement britannique avait indiqué qu'il accorderait 12 nouvelles licences sur 47 demandées, pour l'accès à une zone située entre 6 et 12 milles nautiques des côtes britanniques. Des décisions jugées "totalement inacceptables et inadmissibles" par le gouvernement français qui a appelé les pays européens à opposer un front commun au Royaume-Uni pour demander des "mesures de rétorsion". Outre cette riposte souhaitée au niveau de l’UE, "des mesures de rétorsion françaises" sont également envisagées. Cette nouvelle friction sur l'attribution de licences de pêche vient s’ajouter à de nombreux domaines de tensions, depuis l’officialisation du Brexit, entre les Britanniques et les pays de l'Union européenne, dont la France. Les sujets de conflits s’accumulent depuis des semaines entre la France et le Royaume-Uni notamment la question migratoire ou la crise des sous-marins australiens. Alors face à la mauvaise volonté des autorités britanniques de délivrer des licences pour les pêcheurs du continent, le ton monte et Paris menace de riposter d’ici quinze jours. Plusieurs pistes seraient d’ailleurs à l’étude notamment sur l’accueil des étudiants, sur l’accès à l’électricité (l'île de Jersey est alimentée en électricité par un câble sous-marin partant de la côte manchoise) ou sur les flux commerciaux. Il faut dire que le sujet est hautement sensible politiquement en France mais aussi au Royaume-Uni, qui plus est avec un gouvernement Johnson très prompt à défendre à tout prix son projet de "Global Britain" alors que les conséquences économiques liées à la sortie de l’Europe commencent à s’amonceler outre-Manche. En effet depuis plusieurs jours, les stations-service sont prises d'assaut par des Britanniques craignant ne pouvoir remplir leur réservoir. Partout à travers le Royaume-Uni, les panneaux "plus d'essence" ou "hors-service" se multiplient devant les stations, quand dans les rayons des supermarchés de nombreux rayons sont vides. En cause : le manque de chauffeurs routiers, dû à la pandémie de Covid puis au Brexit, qui dure depuis des mois et impacte divers secteurs, comme la restauration rapide ou la grande distribution. En quête de solutions, Londres envisage un recours à l’armée pour approvisionner les stations-service dans les zones les plus atteintes par la pénurie. Elle s'est également résolue à amender sa politique d'immigration post-Brexit et à accorder jusqu'à 10.500 visas de travail de trois mois pour pallier le manque de main-d’œuvre. Mais pour l’instant, l’offre n’a pas suscité un enthousiasme excessif et la presse parle désormais d’un possible "hiver du mécontentement", l'expression rappelant les pénuries des années 1970 au Royaume Uni. Pas vraiment l’image de "Global Britain" que les Brexiters espéraient donner... Alors que se passe-t-il au Royaume-Uni ? Jusqu’où peuvent aller les tensions entre Paris et Londres ? Enfin en quoi consiste la stratégie "Global Britain" de Boris Johnson ?   Invités :   - Philip Turle, journaliste britannique, chroniqueur international- France 24 - Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE- spécialiste du Royaume-Uni - Florentin Collomp, journaliste- Le Figaro, spécialiste Europe, ex-correspondant à Londres  - Patrick Martin-Genier, professeur de sciences-politiques, spécialiste des affaires européennes
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